17 janvier 1961, Lumumba meurt assassiné

17 janvier 1961, Lumumba meurt assassiné

Cinq mois plus tard, je venais au monde. Par ma mère, j’atterrissais sur la terre des hommes. Mais Lumumba était déjà mort. Et si seulement si j’étais venu avant, j’aurais pu rencontrer l’homme. Hélas, nos chemins ne se sont jamais croisés. Je ne l’ai pas connu, disons pas physiquement. Et aujourd’hui, c’est le seul regret que je formule aujourd’hui de ma vie. 55 ans après, nous sommes à l’aube du 17 janvier 2016 quand ce texte se produit, sa disparition et sa façon de mourir, son assassinat, me hantent encore et toujours.

Et au sujet de sa mort, le journal français Le Monde a eu à publier sur son site un article dont le titre en forme interrogatif fut : « La mort de Lumumba une mission du MI6 ? ». Dans lequel, ses lecteurs apprenaient ce qui suit, notamment : « Dans une contribution au magazine London Review of Books d’avril, le lord travailliste David Lea affirme que Daphne Park, une ancienne cadre du MI6, lui a confié en 2010 avoir “organisé” cet assassinat jamais éclairci, pour lequel la Belgique – ancienne puissance coloniale – a admis “une responsabilité morale ». La Belgique, un instrument et une élite instrumentalisée, a toujours été un écran de fumée.

J’interroge encore plus cette civilisation qui soi-disant nous a été apportée quand j’entends un sujet belge, que personne n’a jamais condamné pour ses propos, affirmer et ce haute voix, je le cite : « Je garde encore une dent de Lumumba. Patrice avait une belle denture. Dans l’entretemps, il se montre fier de l’exhiber, son butin de guerre et de poursuivre]. Nous l’avons tué parce qu’il avait insulté mon roi ». En fait, le roi des Belges, son roi à lui, à ce belge, qui ne fut pas le roi de Lumumba et Il ne pouvait l’être. Et même à ce prix, la civilisation a liquidé Patrice.

Au moment qu’on y est, une conversation me passe à l’esprit, celle que reprend Mario Varglas Lliosa dans son roman autobiographique « Le rêve du Celte », entre l’irlandais Roger Casement et Stanley Morton.  Roger Casement ne croit plus au mensonge civilisationnel de Léopold II. Il interroge à Morton Stanley au Congo : « Vous n’éprouvez pas, parfois, des remords et de la mauvaise conscience, pour ce que nous [les Belges, les Anglais, les Américains, les Allemands, les Français, etc.], nous faisons ici [au Congo]? [Et Stanley de lui répondre ; « L’Afrique n’est pas faite pour les faibles. Les choses qui vous préoccupent, [vous Roger qui travaillait à l’époque à Boma], sont un signe de faiblesse », (Varglas, 2011 : 47, 49). Je ris quand je lis ce que les bien-pensants congolais affirment en nous invitant à adopter un comportement décent, et je ne sais lequel, qui nous ferait respecter par ce qu’ils appellent eux leur « communauté internationale ».

J’ai perdu mon père quand j’avais 19 ans. Et je n’ai jamais été dérangé comme je le suis par l’assassinat de Lumumba. Mais je ne suis jamais devenu fanatique. Par contre, son sang et la qualité de sa mort qui rassemblent ses assassins dans le monde « civilisé » et de « civilisation » de l’universalisme ont éternellement endeuillé la RD-Congo. Et à quelque chose malheur est bon, des Congolais ont et peuvent construire un mythe pour eux, pour nourrir la mémoire collective, pour  nos enfants et pour notre jeunesse. La nation se fonde par et ses mythes qu’elle-même sait entretenir et entretient. Lumumba, sa mort est un élément de construction identitaire. Il fonde la nation. Il coupe le cordon ombilical et libère l’esprit de l’homme qui devient ce qu’il est, c’est-à-dire lui-même.

Avant la mort Lumumba = égal après sa mort

C’est le même combat qui se poursuit. Il s’oppose à la nature de celui qui nous est actuellement imposé par tous ces gens, qui ne se recrutent parmi ses dignes héritiers. Par leur couardise et lâcheté, ils se complaisent honteusement dans la collaboration et la petitesse. Il semblerait par stratégie. Mon œil ! L’association entre les maîtres, l’assassin, le bourreau et la victime, qui ne s’est jamais plaint de l’être, est une relation contre nature.

Tchicaya U’Tam’Si, dans « Ces fruits si doux de l’arbre à pain », écrivait notamment : “Ceux d’ici, [attendez des Africains, des Congolais de la RD-Congo], ont fait le sale boulot. Ils ont tué « “Nous avons connu …”. Et qui dira encore ” Nous avons connu….” le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient pas de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un Noir on disait « tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « vous » honorable était réservé aux seuls [maîtres] ? Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même ».

Oui, “Nous avons connu….”.de Lumumba. N’est-ce pas qu’on pourrait encore le dire de nos jours. Mais qui en a le culot d’en parler parmi tous ceux qui parlent au nom de la RD-Congo ? Qui, alakisa mosapi ?

Patrice, je m’adresse à toi de là où tu es, et ce au nom de toute la jeunesse de la RD-Congo, celui de nos enfants et de leur devenir, accepte les hommages de la nation toute entière.

Esi na kufa na ngai kala, po na nini na bango ko pola.

Likambo ya mabele

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