Centrafrique, le danger d’un affrontement entre la France et la Russie à la porte du Congo dans un monde multipolaire

Centrafrique, le danger d’un affrontement entre la France et la Russie à la porte du Congo dans un monde multipolaire

Depuis les années 1960, celles « d’indépendance néocoloniale » en Afrique, la Centrafrique, pays frontalier du Congo, au nord de la région de l’Équateur, est restée sans fin une colonie française. On peut aujourd’hui encore l’affirmer, malgré les nouvelles tendances russes en Centrafrique. Longtemps, le territoire de la République centrafricaine a fait partie de ce que l’on nomma jadis la colonie française d’Oubangui-Chari ou, si on le veut, la partie de l’Afrique-Équatoriale française de 1910 à 1960. Aux yeux de la France, Centrafrique fut non seulement considérée comme sa chasse gardée, elle était son butin de guerre, sa chose, son objet, mais la France y a établi une base militaire française pour la région. Quant aux populations noires locales, les nègres centrafricains étaient traités à la limite comme de simples sujets, des « soumis à l’autorité française. Ce n’est pas la longue la liste des femmes et des hommes centrafricains que la France placera à la tête de Centrafrique qui le démentirait. Successivement, il y a eu David Dacko en 1960, suivi de Jean-Bedel Bokassa (ancien sergent de l’armée française) en 1966 et Bokassa Ier en 1976 ; David Dacko reviendra encore en 1979, André Kolingba en 1981 et 1986, Ange-Félix Patassé en 1993 et 1995, François Bozizé en 2003 et 2005, Michel Djotodia en 2013, Alexandre-Ferdinand N’Guendet en 2014 et Catherine Samba-Panza en 2014.

Parmi les noms des « présidents » centrafricains susmentionnés, une situation qui explique comment la France s’amusait avec ses sujets noirs centrafricains, c’est la rumeur autour du recrutement de Bozize à Paris, qui indique le peu de sérieux dans le choix français. Bozize, qui allait devenir « président » de Centrafrique, aurait été « ramassé » dans une des boîtes de nuit parisienne, avant de se retrouver parachuté, comme par un hasard, au sommet de l’État centrafricain. Le cas de Bozize est évoqué, parce qu’il a été le geôlier en chef du père Aristide de Haïti. Le coup d’État et l’enlèvement du père Aristide se déploient sous la supervision de Dominique de Villepin, Premier ministre à l’époque en France. Dominique incarne en effet la douceur française. Le chat qui vous ronge mais qui souffle en même temps pour que vous ne sentiez le mal. La France et la CIA ont opéré un coup d’État en Haïti contre Aristide. Nuitamment, le père Aristide, est enlevé de chez lui. En pyjama, il est conduit, accompagné de son épouse, manu militari à Bangui, dans un avion qui fut apprêté pour la besogne, de part et d’autre, les deux encadrés par des militaires américains. Madame Aristide était presque en pleur, craignant pour la vie de ses jumelles en visite chez leur grand-mère vivant aux USA. Bangui, capitale de Centrafrique, fut choisi comme lieu de détention du couple Aristide. Ce fut le début de son exil. Il le conduira de Centrafrique en Afrique du Sud à la demande de son ami Thabo Mbeki. Bozize, qui se faisait passer pour le président de la République Centrafrique, fut réveillé la nuit par un appel téléphonique, qui lui intima l’ordre de se rendre personnellement à l’aéroport de Bangui en vue d’y cueillir son nouveau prisonnier, le père Aristide. C’est l’image d’un Noir exécutant un ordre qui coffre un autre Noir. C’est tout dire.
Après cette aventure, la situation en Centrafrique semble avoir changé depuis l’accession à la tête de ce pays de l’actuel président Faustin-Archange Touadéra. Pour l’histoire, Touadéra a lui-même servi comme Premier ministre de François Bozize de 2003 à 2008. Dans sa biographie, on note un passage, bien qu’anodin, mais à même d’expliquer la mutation ultérieure de l’homme dans sa relation vis-à-vis de la France. Touadéra a vécu en exil en France, plus précisément à Villeneuve d’Ascq. Il y a vécu avec son épouse et ses trois enfants. En 2016, il accède à la magistrature suprême en Centrafrique. Arrive l’année 2017 et nous sommes au d’octobre quand tout bascule. Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra se rend à Sotchi en Russie. D’abord, il y rencontre Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe. Vladimir Poutine le recevra plus tard en audience. C’est à la suite de leur entretien que des militaires russes deviennent visibles dans les rues de Bangui. Et à leur sujet, exprimant le ras-le-bol français, le journal La Croix écrit dans un article intitulé « Centrafrique, main basse de Moscou » : « Les Russes sont de plus en plus visibles dans le pays. Parmi les objectifs de Moscou, affaiblir la présence française en Afrique » ( https://www.la-croix.com/…/Centrafrique-main-basse-Moscou-2…).

Quelles que soient les raisons avancées, fondées ou pas, la Russie « s’invite » en Centrafrique, dans un pays qui a toujours été considéré comme un bien français. Du temps de la colonie à ce jour, malgré ses diamants, son pétrole, son uranium, Bangui est quasiment inexistant, à la fois comme entité identitaire, un peuple, une communauté de pensée, un regard vers un même horizon. Le peuple centrafricain, n’a jamais compté, parce que jamais il n’a existé comme existence à part entière aux yeux de la civilisation salvatrice qui a incontestablement dominé la Centrafrique.
Dans ce cas, je me demande comment parler du discours sur le développement de Centrafrique, faire allusion aux infrastructures à bâtir. Si la civilisation censée apporter de la lumière aux Africains a laissé Bangui dans l’obscurité, pourquoi vouloir à tout prix tenir un discours sur le développement de l’Afrique alors que c’est derrière ce type de discours que se terre le néocolonialisme pour justifier sa mainmise sur nos pays. À ce stade de construction d’une idéologie, de la mise en place des idées diverses pour demain, j’évite, en abordant la question du développement, de tomber dans le piège de la version de l’histoire civilisatrice, telle que l’Occident la raconte toujours, aidée à cela par ses nombreux thuriféraires.

La nouvelle politique étrangère de la Russie, Russie comprise ici comme empire en devenir, intervient après la disparition de l’Union Soviétique. C’est en Syrie qu’elle prend corps. Même si ce sont les finances chinoises qui soutiennent la Russie en Syrie pour que sa puissance s’y affirme. Il n’y a rien pour rien dans ce monde. Il ne faut pas non plus être naïf pour croire le contraire. Mais ce n’est pas cela qui m’intéresse avant tout. Je cherche juste à comprendre les mutations actuelles et nous situer dans sa mise en place.

Après la Syrie, les Russes enchaînent d’autres conquêtes. En ce moment même, ils signent un retour très remarqué à Kaboul, en Afghanistan. Mêmes les USA, pourtant leurs premiers rivaux, et le Norvégien Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, applaudissent les Russes dans leur initiative en Afghanistan. Comme en Syrie, les Russes en Afghanistan assurent la réconciliation, raison officielle, entre les Talibans, le mouvement fondamentaliste islamiste, et le gouvernement afghan actuel dirigé par Ashraf Ghani. Le monde assiste au retour de la diplomatie russe en Afghanistan, un pays qui a été longtemps surnommé l’enfer des empires. L’URSS y a connu son Vietnam. L’Union Soviétique fut chassée par les mêmes Talibans, qui étaient entraînés et formes par la CIA sous l’ingéniosité de Zbigniew Brzezinski. Partout ailleurs, là où les États-Unis semblent perdre du terrain, la Russie réapparaît.
Pourquoi la Russie accepte tout d’un coup de jouer à Bangui alors qu’elle sait que son initiative pourrait choquer la France et être mal perçue ? La Russie se dit-elle que la France est jouable, qu’elle ne représente plus rien, qu’elle ne dispose plus de moyens de la politique de son empire ? À Bangui, l’Occident via la France a souvent opposé les différentes populations pour asseoir son règne et ainsi dominer ses proies. Divide et impera, ce fut le mot d’ordre de Rome et de tout empire qui se veut conquérant. C’est du moins le contraire de ce que la Russie applique jusque-là en Centrafrique et ailleurs. La Russie se présente en rassembleur. On dira tant mieux et à chacun ses méthodes. Cependant, bien qu’en perte de vitesse, l’Occident va-t-il se laisser faire ? En Afghanistan et en Centrafrique, la Russie applique la même démarche de « paix » : réconcilier les forces locales. C’est le cas en Centrafrique où la Russie vient de faire convoquer une rencontre de réconciliation entre les rebelles centrafricains de l’UPC et de FPRC et le pouvoir central. À ce sujet, RFI annonce son site que « La Russie a en effet lancé, l’été dernier, son propre dialogue pour la paix, invitant à Khartoum au Soudan gouvernement et groupes armés à s’asseoir autour de la table », ( http://www.rfi.fr/…/20181210-flence-parly-centrafrique-fond…). Mais les rebelles sont soutenus par la France.
Pour autant, la France ne s’avoue pas vaincue. On apprend du mur de Facebook de la ministre de la défense de Macron, Madame Florence Parly, elle se rend à Bangui, que la France va à Bangui auprès de ses « alliés ». Et la France y va pour « Livraisons d’armes, formation militaire, signature d’un accord de défense ». La France vient livrer des armes à Bangui, dans un pays où la même France et le conseil de sécurité ont eu à imposer un embargo sur la vente d’armes. Le même conseil de sécurité a appliqué la même méthode au Congo : embargo au Congo pendant que l’Occident forme et vend des armes à leur mercenaire Paul Kagame et au Rwanda voisin du Congo. Allons-y comprendre que tout se passe innocemment dans la même région des Grands Lacs. Bangui est juste à la porte du Congo. À l’heure du monde multipolaire, ce n’est pas sans objectivité que le Congo est entouré par la présence militaire de la Chine au Burundi, par celle de la Russie à Bangui et par celle des USA à la fois au Rwanda, en Ouganda ainsi qu’en Angola, les trois pays ayant signé les contrats de même nature de fidélité et d’alliance supposée avec les USA. Qu’est-ce que l’on ne sait pas voir et qui échapperait encore à notre intelligence ?

C’est la posture à prendre qui importe plus quand le monde multipolaire décide de frapper juste à nos portes. Souvent, il m’a été reproché d’être plus proche de la Russie. Mes contradicteurs me font souvent ce procès inutile. Alors qu’en ma qualité d’esprit libre, je m’inscris, à dessein, dans une situation de lutte permanente pour le Congo. C’est pourquoi, je me sens intéressé et attiré par la manière de se battre de la Russie contre ses adversaires, dans ce jeu apparent de the Big Game. C’est dans ce sens que j’insiste sur le fait de changer notre modus operandi, au lieu de tout le temps courir après le type de pouvoir-os. Si seulement, on arrivait à se forger un type de mental, afin de mieux faire face au nouveau monde qui déjà nous lance ses premiers défis.

Demeurer spectateur, quand il s’agit de notre survie, ressemble à un suicide collectif. Pendant que l’Afrique plonge dans le chaos, la question de notre existence comme peuple se pose avec acuité. Comment devons-nous exister comme peuple ?
La France est en voie de disparition dans le jeu des puissances. L’Allemagne, sa voisine et aussi sa rivale, lui demande de céder son poste de membre du Conseil de sécurité à l’Union Européenne. La France vient de perdre la Syrie au profit de la Russie. Les élites françaises sont caporalisées par les Anglo-saxons. Allons-nous simplement regarder et assister pendant que les autres nations reviennent mettre leur main sur nos terres, nos pays ? Le moment ne serait-il pas propice à nous réinventer : arracher un souffle de vie nouveau, c’est-à-dire sortir de l’état d’« indépendance néocoloniale », que décrit Saïd Bouamama, en citant Fanon, dans son livre Manuel stratégique de l’Afrique (2018 : 11) ? Je ne nous demande de nous inscrire aveuglément dans la logique multipolaire, à la conception de laquelle nous n’avons jamais été associés. Nous ne le fûmes pas non plus à la naissance de l’ordre des institutions de Bretton Woods en déclin. En effet, dans leur logique, la multipolarité ne signifie pas « eux » et « nous », mais plutôt « nous, » en « eux », c’est-à-dire porter par eux. Bien sûr que notre pauvreté n’est à ce stade qu’un alibi. Il y a donc un choix à opérer entre deux principales voies, les réformateurs, auxquels nous sommes habitués – « ce Blanc-noir ou africain européanisé, comme le disait Amadou Hampâté Bâ dans son livre Amkoullel l’enfant peul. Ils étaient davantage royalistes que les rois mêmes », – et ce que je nomme la voie de l’esprit authentique, qui sort de nulle part que de nous-mêmes.

Likambo oyo eza Likambo ya mabele,

Mufoncol Tshiyoyo, au nom de la patrie et rien que pour la patrie.
MT & Associates Consulting Group

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