L’humiliation du Congo à travers le mercenariat rwandais perdure depuis plus de 20 ans

Faut-il écrire juste pour exprimer une colère, une inquiétude, écrire pour dénoncer des faits ? C’est pourtant ce qui se fait chaque jour ici qui passe. Il est devenu presque un sport rituel. Des livres sont écrits, des articles sont publiés et des vidéos à la mode YouTube se comptent par des milliers. Cependant, rien ne change, rien de concret, de précis ne se matérialise, alors que le temps, oui le temps, pèse lourd. Le Congo Kinshasa reste assujetti. Il demeure dominé par des élites noires d’interposition, importées d’ailleurs et qui jouent le rôle d’intermédiaires entre le maître et les noirs autochtones congolais. Il y a d’un côté le maître et ses agents au milieu, ces derniers ont recruté et font travailler une main d’œuvre noire congolaise, et au bas de l’échelle, les Congolais. C’est le fameux triangle systématisé de la mort du Congo.

Non, que les propos ci-dessus ne soient pas mal interprétés. Je ne dis pas que dénoncer est mauvais, bien qu’il soit un mal nécessaire. C’est comme publier des écrits. C’est aussi pareil avec parler. Mais, malgré toutes ces publications, le constat est que la femme et l’homme congolais restent indéfiniment soumis. Cela totalise déjà 21 ans, si nous comptons à partir de 1997 jusqu’à ce jour. Pourquoi les conditions de notre subordination comme peuple ne connaissent pas positivement une mutation, pourquoi elles restent inchangées ? Nous ne fournissons pas assez d’efforts ? Nous comme peuple ou nous comme minorités structurées et structurant, qui sommes en charge de l’avènement du changement, ne dépensons pas assez d’énergie, de moyens financiers, ne consacrons pas assez de notre temps pour nous libérer et, de ce fait, affranchir les masses populaires qui nous suivent et fondent désespérément leur foi en nous ? 21 ans peuvent paraître à la fois trop et insuffisants si seulement nous devrions comparer le temps de préparation investi par les forces d’assujetissement pour concrétiser leurs objectifs aux efforts dont les résultats trainent d’apparaître.

La question n’est pas qui fait quoi, qui a fait quoi, qui est fautif ou qui l’est moins, mais qu’est-ce que nous faisons ou encore qu’est-ce que nous n’avons pas accompli jusque-là, et qui serait à même de justifier la permanence de notre état de soumission ? Nous ne dénonçons pas assez ? Nous ne pleurons pas assez ? Nous ne publions pas assez ? Nous ne mobilisons pas assez ? Pourtant, le Congo compte déjà plus de 12 000 000 de morts.

L’objectif avec ce texte n’est pas de faire porter le chapeau de nos malheurs à quelqu’un, mais de nous interroger pour savoir comment plus de 20 ans nous ne sortons toujours pas de nos pleurs, de nos lamentations, de nos cris, de la souffrance, de l’instrumentalisation, de la chosification de notre être. Pourquoi ? Quand nous apprenons que le Belge Didier Reynders s’est rendu en Angola pour parler du Congo en l’absence d’un homme et d’une femme congolais, je me dis, « je », du moins à mon niveau, quand est-ce que nous allons arriver à arrêter le cinéma actuel, que des gens qui n’ont jamais été mandatés par nous cessent d’écrire notre histoire, l’histoire du Congo, d’agir et de parler en lieu et à la place de la femme ainsi que de l’homme congolais ? Ce type de questionnement épouse notre préoccupation actuelle, celle de savoir qu’est-ce que nous faisons pour justifier notre maintenance sous la domination d’autrui ? Sommes-nous assez incompétents pour nous affranchir ?

Les partis politiques ont cru bon de conduire leurs brebis aux élections, c’est ce que s’est passé en 2006 et en 2011. Ils ont eu à organiser des marches, des sit-in, des villes mortes. Les pasteurs ont organisé des veillées de prière. D’autres ont célébré des messes. Il y a eu mort d’hommes. Avec ces forces susmentionnées, c’est la loi du nombre qui comptait. Plus il y avait des gens, plus ils croyaient arriver à leurs objectifs. Et 21 ans après, le miracle cherché auprès de Dieu et par le biais de toutes ces mobilisations, nécessaires ou pas, ne se concrétise pas par un changement qualitatif de la lutte. Les guerres par procuration subies à l’est et au Kasaï ont produit du sang congolais, mais pour quelle finalité ? Ne faudrait-il pas sortir des crises par procuration, de guerre par procuration, de mobilisation par procuration, de leadership par procuration pour imposer à notre peuple sa guerre, son combat, son sens de défier et de démentir ce qui apparait comme son destin.

Une seule phrase m’habite ce soir : réinventons-nous en inventant notre propre combat. Et faisons attention au fait que l’histoire porte en elle des forces qui peuvent broyer les peuples et peser lourd sur l’existence des hommes.

Likambo ya mabele…

MUFONCOL TSHIYOYO, pour le Congo et pour la femme et l’homme congolais´
MT & Associates Consulting Group

 

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