L’Irak chasse les États-Unis de son territoire, stade de la démystification de l’ennemi

L’Irak chasse les États-Unis de son territoire, stade de la démystification de l’ennemi

L’Irak (à majorité chiite) chasse les États-Unis de son territoire 14 ans après la mort de Saddam Hussein. Qui l’eût seulement cru que, 14 ans après, le pays « libéré » (l’Irak) chassera de manière effrontée le pays « libérateur » (les États-Unis) de son sol ? Que cela se passe ainsi ou pas à l’avenir, les premiers chapitres de l’histoire du « nouveau monde », en pleine écriture, « le monde à l’heure de Poutine » comme le désigne déjà la revue géopolitique Conflits dans son numéro 25 (janvier-février 2020), retiendront que l’Irak a officiellement demandé aux Américains de lui présenter un programme de leur trait de son territoire. C’est ce que nous apprenons du journal américain The Seattle Times qui écrit : « Irak asks United States to set up mechanism for troop withdrawal… On Friday, Iraq’s caretaker Prime Minister Adel Abdul Mahdi […] had asked U.S. Secretary of State Mike Pompeo to send a delegation to Iraq that could establish a plan for the withdrawal of foreign troops from the country » (https://www.seattletimes.com/…/iraq-asks-united-states-to-…/). Pour nous, cette information reste un événement majeur. Il fait rentrer de plain-pied le monde dans l’ère dit de l’après Occident (Post West, selon l’expression de Lavrov). C’est pour cette raison qu’elle mérite de lui consacrer l’effort de notre plume et aussi le temps à notre disposition. Car écrire sur ce sujet et de manière libre, sans en attendre l’autorisation et en recevoir l’ordre de qui que ce soit, est caractéristique du temps changeant.

Toutefois, la nouvelle est tombée comme un couperet. Quand on pense que les USA ont fait tuer des jeunes américains en Irak à l’époque de la guerre « Operation Iraqi Freedom ». Des budgets colossaux furent mobilisés et dépensés soi-disant pour sauver l’Irak de la terreur de Saddam Hussein, un sunnite que les USA avaient auparavant placé à la tête du pays. On aura beau dire. Toutes les théories scientifiques du monde ne pourraient justifier l’innommable. Aujourd’hui, place à la réalité implacable. Les États-Unis, rattrapés par leurs turpitudes, se voient obligés, pour se maintenir en Irak, de réarmer et de passer de nouveau par les forces sunnites irakiennes qu’ils ont pourtant aidé à chasser de « l’illusion de pouvoir » hier. La complexité de l’équation irakienne alourdie par l’assassinat du général irakien Soleimani rend les choses difficiles pour l’Amérique. D’un côté, les Chiites irakiens premiers bénéficiaires de la déstabilisation américaine se méfient des États-Unis. La question qui se pose est de savoir si les Sunnites, les perdants et les humiliés d’hier vont collaborer. Ce sera alors à quels prix ? De l’autre côté, c’est l’image des États-Unis qui prend un coup. Et cela risque de toucher le moral de l’armée américaine. Ses généraux habitués à commander et de ce fait, à l’arrogance, vont devoir quitter l’Irak la queue entre les jambes. La situation est inédite. Ce n’est plus l’Amérique qui décide, et elle le faisait jusque-là toute seule, quand, comment et où elle va s’en aller. Mais c’est bel et bien un petit pays qui lui transmet son ordre. Je ne sais pas si on essaye de percevoir ce que notre texte relevé comme faits. D’une part, il y a une grande différence entre s’entêter à rester en Irak, parce que souffrant de ce que le feu William Fulbright, sénateur de l’Arkansas, a appelé « L’arrogance du pouvoir », c’est le titre assez révélateur donné à son livre, et d’autre part, le fait qu’un petit pays de la taille de l’Irak, soutenu ou pas par les Ayatollah croise le fer avec ses anciens maîtres. Entre les deux, la balance du crédit se penche vers la bravoure irakienne.

Dans le processus de sa mutation en une puissance moyen-orientale, l’Iran vient de dépasser l’étape essentielle de la démystification de l’ennemi. C’est d’en haut que les Ayatollah toisent les États-Unis aussi bien dans leur langage que dans leur attitude. On parlerait même d’exploit, alors que l’histoire offre peu d’exemples de réussite en la matière. Le cas de l’Iran est une exception qui confirme la règle. Tout est possible. Tout peut arriver à un peuple qui sait croire en lui. La constance, la persistance et le sens de sacrifice finissent par avoir raison des affres de la durée. C’est ce qui nous conforte dans nos convictions que la vraie lutte ne connaît jamais des fins. Le jour où l’on pense que l’on a atteint le sommet, parce qu’arrivé quelque part, vive le déclin. Or, c’est la permanence qui caractérise une lutte. Du moment qu’elle repose avant tout sur la nature de la relation à autrui, qui constitue en effet sa véritable fondation. À ce que l’on sache, cette relation ne s’arrête. Elle n’a de sens stratégique que dans son caractère permanent. D’où, la nécessité d’une conscience assurant la constance d’une lutte, aussi longue qu’elle paraisse. La lutte est un parcours subdivisé en plusieurs étapes, lesquels se succèdent dans un cycle qui modifie à chaque tournant aussi bien la nature de rapports de force que celle de l’adversité. Il s’agit d’un premier principe tiré de notre grille de lecture conséquence de notre observation, intéressée, de différentes luttes de survie, de libération de peuples et de leur devenir. Si Marx et Lénine ont affirmé hier que l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme. Pour les mêmes raisins, nous que la lutte d’affranchissement atteint son summum par la démystification de l’ennemi. La différence avec le développement du capitalisme, qui ne procède que d’une seule manière, la démystification de l’ennemi s’exprime de plusieurs sortes et à travers des actes concrets et des attitudes mentales comportementales distinctes.

“Nihil dat fortuna mancipio” – le destin n’accorde rien pour l’éternité, prophétisait au sujet de l’Amérique le professeur russe Andrej Iljitsch Fursov. Dans un entretien qui a été publié le 9 août 2012 sur le site russe KP. ru. (traduit en français par le bimensuel suisse Horizons et Débats), invitait le monde à constater que « Le temps de l’Amérique est en train de passer. […], Le destin des élites de l’Atlantique nord […] est en jeu, il ne s’agit pas du tout seulement de réserves d’hydrocarbures ou du Proche-Orient. L’Occident n’a pas d’autre possibilité que de foncer en avant. […], En dépit de l’énorme potentiel matériel et d’information de cette machinerie gigantesque qui est dirigée par des géo-constructeurs et géo-ingénieurs supranationaux extrêmement expérimentés, les États-Unis font actuellement l’expérience d’une surtension des forces. Aujourd’hui, l’Amérique rappelle l’Empire romain du temps de l’empereur Trajan (début du IIe siècle de notre ère). À cette époque, Rome a passé des offensives stratégiques à la défense stratégique ; Rome a commencé à bâtir le limes et à abandonner quelques régions conquises, avant tout au Proche Orient » (Horizons et Débats). Dans la foulée, le philosophe français Michel Onfray faisait la même remarque : « le bateau (l’Occident) coule, il nous reste à sombrer avec élégance ». Alors, que réserve demain à l’Afrique parce que contemporain du monde actuel et en mutation ? Malheureusement, il n’y a qu’au Congo où l’on croit mordicus aux États-Unis et au système engendré par l’hégémonie américaine. Pitié ! Mais ” le futur n’est jamais écrit et que l’imprévisible peut arriver. Ce sont les personnes qui font l’histoire, surtout celles qui ont conscience de la grandeur et qui sont prêtes à porter l’épée” (Jean-Baptiste Noé, « L’axe du monde » éditorial in Conflits n° 25, Janvier-Février 2020, p. 5).

Avant de revenir aux fondamentaux du panafricanisme, une doctrine à redéfinir, le Congo chassera d’abord le Rwanda du sol congolais.

Mufoncol Tshiyoyo, MT,
Un homme libre, un dissident

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