Médecins et soldats cubains combattent drapeau à la main pour une même cause…

Médecins et soldats cubains combattent drapeau à la main pour une même cause…

Quel lien établir entre des médecins cubains et le drapeau national de Cuba ? La question nous taraude depuis que les images associant les deux circulent sur le Net. La crainte est de voir que les uns ne l’interprètent que comme un simple excès de zèle, à mettre sur le compte d’un régime honni pour des raisons idéologiques. D’autres y liront un message politique que le Cuba adresse au monde, à travers ses nouveaux soldats : une élite médicale bien formée dans le pays même. Mais qu’on le veuille ou non, la problématique posée est réelle dès l’instant où un médecin pratiquant recourt au drapeau de son pays comme un passeport dans l’exercice de sa profession. Oui, tant des questions qui requièrent de l’attention, surtout en ce moment de grandes turbulences que traverse le monde. Tant des réponses aussi à attendre pour mieux saisir la réalité d’un monde ambiant.
L’un des principaux fondateurs de Cuba, il a eu à échapper à plus de 600 attentats contre sa personne de son vivant (Ignacio Ramonet, 2007, « Fidel Castro : Biographie à deux voix » (Français), Paris : Fayard), Fidel Castro est décédé depuis plus de 4 ans. Ce fut en novembre 2016 que Castro a tiré sa révérence. Quatre ans plus tard, après sa disparition, le Cuba, de ses rêves, bâti avec les siens et par la sueur de leur front, continue à se faire parler de lui, et ce, dans un sens comme dans un autre. Dans des circonstances pareilles, qui interviennent après la mort d’un leader, et pas n’importe lequel quand il s’agit de Cuba, c’est Castro, l’opinion et les anti castristes attendraient de voir le Cuba basculer idéologiquement dans le camp adverse, nier Castro et embrasser les ennemis d’hier et de tout temps. C’est tout le contraire qui arrive. La jeunesse cubaine sous la direction de l’élite de l’après Castro est non seulement restée fidèle à la voie tracée par les fondateurs de la patrie cubaine, mais aussi a conservé sa foi en l’avenir de Cuba. Si c’était au Congo, chez des gens de peu de foi, on assisterait presque à ceci : « En vérité, je te dis, que cette nuit-ci, avant que le coq ait chanté, tu me renieras trois fois », parole entendue et tirée de quelque part. Expérience souvent vécue au Congo !
Le Cuba, et c’est important de le souligner ici, ne regorge ni d’uranium ni de coltan ni de cobalt, des « richesses » naturelles actuellement prisées dans le monde. Certes que le pays dispose d’un peu de pétrole, de cuivre, de zinc… Mais jamais l’élite cubaine ne les a mises en évidence, quand il s’agit d’évoquer les richesses de Cuba. Au contraire, et à chaque carrefour de l’histoire, ce fut le cas notamment en 1975, le Cuba de Castro a toujours assumé des devoirs dont la nation cubaine s’est toujours assignée. C’est ainsi qu’il enverra des militaires en Afrique, des jeunes cubains, qui versèrent leur sang pour que le continent noir en finisse avec le système d’apartheid, soutenu par l’Occident. Le soutien militaire de Cuba à l’Afrique ne date de 1975. Il remonte bien avant dans l’histoire. Des Cubains ont combattu aux côtés de forces mulelistes pro-lumumbistes, contre la répression de l’Occident en soutien à Mobutu, le tombeur désigné de Lumumba du côté congolais (Ludo Martens, 1987, Pierre Mulele, ou, La seconde vie de Patrice Lumumba, Bruxelles : Éditions ÉPO). Nous sommes dans la région de Bandundu au Congo. Dans la foulée, on citera aussi l’appui de Cuba apporté au FRELIMO (Front for the Liberation of Mozambique) au Mozambique. C’était dans le cadre de la lutte pour l’indépendance de ce pays. De nouveau, le monde se retrouve à un autre tournant de l’histoire. C’est dans sa nature, le Cuba répond non seulement présent, mais à sa manière. Des médecins cubains sont en première ligne. Ils volent au secours, notamment de la Chine et de l’Italie. Pour ce qui est de la Chine, on peut comprendre. Le Cuba et la Chine ont toujours partagé la même idéologie politique. On parlera dans leur cas de liens normaux. C’est plutôt le cas de l’Italie, à la fois « blanche » et eurocentrée, alors qu’elle est abandonnée par les siens. Pour rappel, l’Italie reste l’alliée par excellence des USA dont le pays a fait de la guerre contre le Cuba une permanence. C’est l’Italie dans cet état d’abandon qui lance un appel de détresse à Cuba. On voit atterrir en Italie des médecins cubains, drapeau de Cuba à la main. La médecine sous le drapeau cubain apporte le savoir-faire de Cuba dans la lutte contre le désormais Coronavirus. C’est une réalité tout beau à voir et qui atteste que quelque chose bouge dans nos sociétés. Même si on ne sait exactement pas encore de quoi il s’agit. Mais, qu’est-ce que le Cuba, attend ou espère de son geste ? Que poursuit-il comme objectif ? Le Cuba de l’après Castro se bat aux côtés des autres États en prévision d’un monde qui s’annonce multipolarisant. C’est tout le contraire d’un gouvernement dit mondial. N’en déplaise à certains esprits, tels que Jacques Attali, Sarkozy, Soros, Big Brother et les élites anglo-saxonnes !
Comparé à Cuba, l’Occident, au contact avec des sociétés dont le mode de vie lui était opposé, a toujours imposé ses « valeurs » au moyen de la violence. Samuel Huntington, qui fut l’un des chantres de la pensée unique occidental, ne me le contredira pas. On lira dans « Le Choc des civilisations » que « L’Occident a “vaincu” le monde, non pas parce que ses idées, ses valeurs, sa religion étaient supérieures, rares ont été les membres d’autres civilisations à se convertir, mais plutôt par sa supériorité à utiliser la violence organisée. Les Occidentaux [et quelques-uns de leurs thuriféraires africains] l’oublient souvent, mais les Non- Occidentaux jamais » (Huntington, 2000 : 61).
Le monde changeant apporte son lot de surprises. Le Cuba, banni, humilié, revient à l’histoire par la grande porte. À l’instar de la France du XVII et XVIIIe siècle, dont les grands écrivains furent célébrés avec faste dans des principaux cours royaux en Europe, juste pour le plaisir que procure la compagnie de la bonne intelligence, le Cuba élève le capital humain au rang de ressource dont un pays a des raisons de s’en enorgueillir. C’est bien ici que prend tout le sens le drapeau cubain, qui accompagne des médecins cubains partout où le monde les invite, en les accueillant à bras ouverts et avec le chant de bienvenue : Merci Cuba. Si seulement le ridicule pouvait tuer, il n’y a pas de commune mesure entre le Congo, pro-occidental et le Cuba.
Au Congo, les différentes élites nègres qui se sont succédé à sa « tête », et ce, après y avoir été parachutés, ont fidèlement repris le chant du maître comme quoi le Congo serait « un scandale géologique », un discours aux antipodes de la réalité. Y aurait-il dans ce monde une richesse dont ceux qui la possèdent n’en connaissent rien ou pas grand-chose de sa réalité ni de son existence ? Comment se fait-il que ce sont les autres qui apprennent aux Congolais, et pourquoi le font-ils, que le Congo serait selon ce discours « un scandale ». Le discours tenu n’a aucune influence sur le devenir du pays. Ni le coltan ni le cuivre ni l’or ni le cobalt ni le pétrole n’ont rendu le Congo aussi riche et célèbre que le Cuba qui prouve à suffisance que l’investissement dans la femme et dans l’homme cubain, dans l’homme tout court, transforme ce dernier en une ressource redoutable et de qualité. Le politiste américain Joseph Nye le désignerait sous le nom de « soft power ». Aussi longtemps que l’initiative de déterminer la valeur de richesses du sous-sol congolais obéira au mécanisme d’exploitation imposée par les forces de domination, le Congo demeurera à jamais une proie soumise à la voracité de tous les requins. C’est ce qui arrive malheureusement à l’Arabie saoudite dont le pétrole maintient le royaume dans sa condition de monarchie prisonnière. En effet, l’Arabie saoudite dépend du bon vouloir de l’intrus. Et l’importun le lui fait savoir chaque fois que l’envie lui prend. On apprend que « la Maison-Blanche envisagerait de prendre directement en main l’Aramco (Saudi Arabian Oil Company) qui a été privatisée à hauteur de 1,5 % en décembre dernier. Elle priverait ainsi les Séoud de leur unique source de revenus en échange de leur maintien au pouvoir dans un des cinq États qui surgiraient lors du démantèlement du pays » (https://www.voltairenet.org/article209542.html). La question, c’est de savoir s’il faut poursuivre avec cet état des choses au Congo 60 ans après l’assassinat de Lumumba, on baisse le froc en espérant plaire à un maître dont le rapport de force avantage ? C’est qu’aucun effort n’aura été fourni pour saisir le sens de l’histoire et de la marche des hommes.
Face à l’Occident trébuchant, la forme de nationalisme à la cubaine est la seule voie à même d’assurer l’émancipation de population congolaise. Beaucoup nous accusent, et à tort, de radicalisme pendant que l’Occident, par l’affirmation de soi, de son identité, reste encore plus radical dans ses bottes. Un Occidental qui se donne la mission de réduire des populations en Afrique, au motif que cela répondrait aux besoins économiques du monde, – pendant que tous les moyens sont mis en jeu pour arrêter de l’élan de l’Afrique à travers l’élimination physique de ses dignes filles et fils, ceux qui pensent avant tout au bien de l’Afrique, est, à nos yeux, encore plus radical que le nationalisme que nous prônons. Quel mal il y aurait à se proclamer congolais sans se justifier outre mesure ? En s’affichant publiquement avec le drapeau de leur pays, les médecins cubains s’inscrivent dans la logique d’affirmation de soi, étape qui canalise l’énergie vers un affranchissement collectif. Le Cuba de la jeunesse qui a compris Castro poursuit sa lutte. Et c’est seulement de cette manière que l’Autre, contre lequel tout le monde devrait normalement associer ses efforts dans la lutte commune, est continuellement placé devant des choix à opérer. Alors, de quoi on nous reprocherait, à vouloir appliquer la stratégie asiatique et latino-américaine de résistance contre l’hégémonie occidentale ? N’est-ce pas que c’est le même type d’adversaire, et qui nous soumet également à la même nature d’adversité, que nous, comme peuple, avons affaire ! Mais non, et attendons un peu, si pour le chancelier Hohenlohe « l’expansion coloniale » (globalisation aujourd’hui) est comparable à « une loi naturelle » « à laquelle un grand État ne peut se soustraire, à moins de se résigner à la déchéance » (Renouvin et Duroselle, 1991, Introduction à l’histoire des relations internationales, Paris : Armand Colin, P. 211), d’autant plus la nation et le nationalisme sont des droits naturels pour des peuples dont l’existence est menacée.
En conclusion, il est un fait que de soigner les malades, dans le respect des engagements pris en tant que médecins formés pour la cause. Mais il en est un autre, celui de démontrer à la face du monde que le Cuba et son peuple constituent une entité identitaire et comme telle, une réalité à part entière que le monde devrait en tenir compte. Voilà pourquoi notre plume s’associe à la célébration de Cuba. C’est l’association entre la médecine, le médecin et le drapeau d’un pays qui illumine la marche à suivre de Cuba. Le drapeau du pays et le médecin cubain représentent en réalité deux soldats envoyés au front pour la défense et le rayonnement et de Cuba et de son peuple. Le Cuba se saisit de l’arène internationale à l’instar des autres joueurs alignés sur le terrain du jeu et dans le jeu, et ce, en se servant de tout instrument jugé utile dans le cadre de sa participation à l’édification de l’humanité. Pourquoi l’exclure, alors qu’aucun peuple au monde n’est si indispensable que tous les autres réunis.
Demain, les enjeux sont énormes. Chaque peuple est appelé à se dépasser pour s’assurer une place de choix parmi les nations capables d’incarner le nouveau leadership international. La question, c’est de savoir ce que nous faisons, nous, Congolaises et Congolais et au Congo ? « Les anciens Grecs appelaient cela le Kairos, “le moment opportun”, écrit Caroline Galactéros dans “Vers un Nouveau Yalta” » (2 019) : la possibilité d’exister comme une identité, comme une âme congolaise vivante et commune à un peuple, identifié comme tel, libre et fier de l’être. Sinon, cela devrait être la caractéristique principale de notre intelligence. Voilà pourquoi on se bat, pour le Congo. Il y a une vision pour le Congo.
Likambo oyo eza likambo il y a mabele
Mufoncol Tshiyoyo, MT,
Un homme libre, un dissident
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