Noël à Bangui, Kagame et Poutine main dans la main, un pied de nez à la France…

Noël à Bangui, Kagame et Poutine main dans la main, un pied de nez à la France…

En soutien à Faustin-Archange Touadéra, Kagame et Poutine main dans la main en Centrafrique, un coup de poing et un pied de nez à la France ?Jusqu’où iraient les élites russes dans leur « soutien » à Touadéra dans la désormais crise qui, au-delà des frontières africaines, oppose la France, dont Bangui a longtemps été l’un des pré-carrés, à la Russie de Poutine ? Cette principale question fut posée dans l’article « Faustin-Archange Touadéra, des jours comptés à la tête de Centrafrique ? ». L’idée derrière la question fut de chercher à confirmer ou pas si les Russes tenaient souvent à leur engagement vis-à-vis des « forces » qui proclamaient ouvertement leur appartenance à « l’alliance russe ». En effet, le professeur russe Andrej Fursov déclarait, après la destruction de la Libye et au début de la guerre contre la Syrie, dans une interview accordée à Horizons et Débats, un journal suisse : « l’affaire avec Kadhafi a appris pas mal de choses aux dirigeants russes. [Notamment], la manière dont on supprime les faibles … ». Est-ce que le récent « chaos orchestré » en Centrafrique allait-il démentir l’histoire ?

Deux journaux relevant des « médias de grand chemin » (Slobodan) répondent à la curiosité soulevée par notre quête. Le Point (https://www.lepoint.fr/…/centrafrique-attention…) et La Libre Afrique (https://afrique.lalibre.be/…/la-russie-a-envoye…/…) confirment l’envoi des renforts militaires russes en Centrafrique. Une manière sans pour autant prendre de partie de démontrer que les élites russes sont une fois encore au rendez-vous de leur histoire. Si, hier, il y a eu l’Angola, suivi du soutien apporté au Mozambique, pour ne citer que ces deux pays d’Afrique, aujourd’hui et demain il y aura le Centrafrique et l’après Centrafrique. Dans ces conditions, il est plus que difficile de parler d’antagonisme de nature proprement africaine, qui engagerait avant tout et uniquement que des acteurs (majeurs) « noirs » et « africains ». D’où l’utilité et la permanence de la question de qui est réellement l’adversaire, de ce que l’on sait de lui en réalité ? L’absence d’une science qui lui est consacrée explique les atermoiements constatés ci et là dans le chef d’un leadership nous désignons par l’expression de leadership de va-et-vient, qui ne sait toujours pas qui combattre réellement.

Par ailleurs, la Russie semble de loin être l’unique pays qui a envoyé des renforts militaires à Bangui. Selon les mêmes sources, Paul Kagame, qui accuse les « rebelles centrafricains » (soutenus pourtant par la France) d’avoir attaqué les contingents rwandais stationnés à Bangui et dont les éléments constituent l’unique composante des forces de la mission de l’ONU en Centrafrique, a également renforcé la présence militaire du Rwanda dans la région. Comme par la magie, la Russie et le Rwanda se retrouvent tout d’un coup ensemble et « alliés » à Bangui : prêts à défendre des « intérêts » désormais « communs ». Peut-on connaître lesquels ? Logiquement, même si la politique sur le terrain obéit plus à des « intérêts » qu’à la simple notion de logique, il n’y a à condamner ni la Russie ni le Rwanda. On a ici affaire à deux États plus que souverains. Mais c’est plutôt de la nature de leur « association » : conjoncturelle ou définitive, qui conduit obligatoirement à s’interroger sur l’essence même de leur rapprochement. La région semble être minée pendant qu’à Kinshasa on ne se passe à peine de la nouba. Le mercenariat rwandais dans la région des Grands Lacs et dans la région d’Afrique centrale en général contrôle la frontière est du Congo. La permanence de la menace du « Rwanda » à l’est du Congo « lui » permet non seulement de placer et d’avancer ses « pions » à Kinshasa, mais également de conserver une influence directe sur la nature des institutions au Congo. Or le Congo-Kinshasa partage neuf frontières avec ses voisins. Elles peuvent se résumer de la manière la plus simple par le Nord, l’Est, le Sud et l’Ouest. Si l’Est est déjà sous contrôle. Il reste la maîtrise du Nord que le Congo partage avec Bangui. Ce qui voudrait dire en d’autres termes que la stratégie de conquête du Congo-Kinshasa exécutée à merveille jusque-là par « le Rwanda » l’oblige également à avoir la mainmise sur la frontière nord du Congo. La crise de Bangui ne lui servira que de prétexte. Le Rwanda a un avantage réel sur l’Angola et les autres pays voisins de la région si demain une guerre éclate au Congo. Car les parrains du Rwanda ont pesé de tout leur poids pour que des militaires rwandais mono- ethniques forment à eux seuls la composante majoritaire, si pas l’unique, des forces de l’ONU à Bangui, quand on la compare avec la composition de la Monusco au Congo qui reste plutôt d’ordre multiforme : indiens, pakistanais et autres. Voilà qui nous conduit à affirmer que la présence militaire rwandaise à Bangui lui permet également d’assurer la surveillance des frontières nord du Congo. Ce faisant, des éléments hostiles au régime pro rwandais à Kinshasa ne déstabiliseraient ce dernier par le Nord. La présence du Rwanda à Bangui est loin d’être innocente.

Quant au positionnement du Rwanda vis-à-vis de la France, la réalité paraît tout autrement. En effet, Paul Kagame est loin d’ignorer que son rapprochement avec la Russie à Bangui se fait au détriment de la France, celle-là même qui, sous influence des élites anglo-saxonnes, confia au Rwanda le poste de secrétariat général de la Francophonie, un instrument de « pouvoir » français dans le monde « francophone ». Alors, Paul Kagame se moquerait-il de la France, qui ne serait déjà pour lui qu’une « puissance » complétement disparue de la scène du Grand Jeu ? Nous pourrions également nous demander si le positionnement de Kigali dans la crise centrafricaine s’inscrirait dans la logique de ses maîtres anglo-saxons dans la région : le « chaos orchestré » ? Ou bien le Rwanda a vite compris que même ses parrains anglo-saxons ne sont plus en mesure de gouverner le monde tout seul. Cette raison justifierait-elle la collaboration du Rwanda et de la Russie, cette dernière prise ici en sa qualité de l’un des membres « influents » et permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies ? Non, la crise à Bangui ne concerne pas que le Rwanda seul. Qu’a-t-on du mal à comprendre au Congo ?

En résumé, loin de nous l’idée de nous opposer à la Russie, nous cherchons à définir et saisir tout simplement le sens de l’histoire pour mieux y inscrire et défendre la patrie menacée. Kagame serait-il un « génie » qui réussira faute d’adversaire dans la région à transformer son apport stratégique à Bangui en un coup de billard dont l’avantage sera de tirer plusieurs balles à la fois ? D’un côté, s’affirmer comme une puissance inéluctable dans la région, nécessaire dans le temps qui court. De l’autre, arracher le pardon pour son intrusion au Congo à la genèse des conséquences d’ordre multiple. La militarisation du Rwanda et le sacrifice enduré de la jeunesse rwandaise qui paie par le sang risquent de faire passer le Rwanda du statut d’un État mercenaire à celui d’un pays utile à l’humanité surtout dans des moments de crise. C’est bien triste que tout cela peut se dérouler sous les yeux des élites congolaises dont la principale caractéristique demeure la victimisation du Congo. Et qui, dans une position de faiblesse, sans avoir préalablement renversé les rapports de force, recourent à l’argument moral alors que selon Nietzsche dans sa généalogie de la morale, cette dernière ne serait que l’apanage du plus fort qui impose sa morale et ce par la force. Les vaincus sont privés de l’argument moral. Personne n’aura pitié du Congo quelle que soit la moralité de la cause au nom de laquelle le pays s’engage. Ce qui voudrait dire que tant que le Rwanda ne sera jamais vaincu d’une manière ou d’une autre, les Congolais pleureront indéfiniment sans avoir gain de cause.

Quant à nous, il nous sied d’avoir en horreur une élite hésitant et prête à toute compromission pourvu que la populace continue à crier et chanter à la gloire des quelques divinités. Jamais nous ne saurions vaincre un adversaire quand nous ignorons tout de lui et de la nature de son adversité.

Likambo oyo eza likambo ya mabele…

Mufoncol Tshiyoyo, MT,
Un Homme libre

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