Pierre Mulele et ses quatre compagnons de lutte avaient déjà tranché…

Pierre Mulele et ses quatre compagnons de lutte avaient déjà tranché…

Que le nom de Mulele inspire les uns ou qu’il importune les autres, cela nous est égal. Puisque ce n’est pas le personnage de Mulele comme tel qui fait ici l’objet de la pensée de ce jour. Oui, on comprendrait encore que certaines personnes associent le nom Mulele au « communisme » pour des raisons purement idéologiques, un « communisme » prétendument dénoncé alors que la Chine de Xi Jinping, communiste à la fois par idéologie et par essence, « domine » le capitalisme actuel à travers sa nouvelle route de soie. Le « Vieux monde » s’inquiète tout en se demandant s’il faille continuer d’accuser le communisme de tous les péchés du monde alors que son « union » avec le capital fait imploser les limites idéologiques entre le communisme et le néolibéralisme. Bien que la controverse entre les deux idéologies apparaisse lointaine et d’une autre époque, Mulele continue d’être traité de criminel par ses détracteurs. Aujourd’hui, dans le langage courant, d’aucuns le classeraient carrément dans le rang de terroriste. La nature du crime est vite trouvée. Sous le coup, la sentence tombe comme un couperet. Au nom d’une moralité bien douteuse, Mulele est banni. Avec lui, toutes celles et tous ceux qui se réclameraient de son obédience. Ils seront tous exclus et déclarés « infréquentables ».

Cependant, on oublie souvent que le chantage au terrorisme est une forme d’euphémisme cachant très mal le début de propagande contre des nations à dominer, à déstabiliser, à attaquer et à faire imploser. Le terrorisme, dans un monde sous contrôle des drones et des satellites, est à considérer comme une arme idéologique et politique et dont l’objet principal reste avant tout la commercialisation et la vente des guerres d’agression et de recolonisation. En revanche, son exploitation par les « élites » compradores témoigne de la faiblesse d’un esprit qui, après avoir subi un dressage, demeure conquit. En réalité, l’accusation du terrorisme désigne plutôt les accusateurs que les accusés. L’Avare sort de chez lui en criant « Au voleur » alors que c’est de lui-même dont il s’agit. Partout où le terrorisme est évoqué, la réalité de la guerre s’installe déjà contre des « nations » résistantes, contre des minorités averties et insoumises. Et dont le tort, si seulement il devait y en avoir un, aurait été ou serait leur adhésion au « nationalisme pragmatique » (Nkere Ntanda Nkingi, 2 020).

Après tout, on se demande ce que Mulele aurait bien pu entreprendre comme actions. Il était pris dans le piège de l’arrestation et puis de l’assassinat de Patrice Lumumba auquel il était idéologiquement et politiquement associé. Dans ce cas, ce qui devrait arriver arriva puisque la disparition de Lumumba conduisait ipso facto à l’élimination de la résistance congolaise dans son ensemble. Donc, Mulele se retrouve en lutte contre les forces de domination de nature coloniale, impériale et raciale. D’où on assiste à sa mutation, à la transformation de la nature de la lutte menée au nom des masses congolaises en vue de leur « libération ». En face de Mulele sévissaient une adversité bien définie et aussi un adversaire bien identifié. À l’instar du professeur Andrej Fursov, directeur du Centre d’études russes à l’Université des sciences humaines de Moscou, qui, en parlant des élites anglo-saxonnes, déclarait : Pour la première fois, l’élite Anglo-américano-juive, […], a été confrontée ici à un adversaire mondial d’un genre non-occidental. […] Le segment européen de l’élite occidentale se trouve en face d’un segment chinois pas moins ancien et peut-être même plus ancien, d’où il reçoit aussi l’expérience historique, […] ayant encore l’esprit très aventureux, car à l’évidence les Chinois ont leur propre système criminel mondial (Interview d’Andrej Fursov, Horizons et Débats). Au Congo, Mulele et ses quatre amis, et chose bien rarissime dans un pays considéré pourtant à tort des béni-oui-oui, s’élevèrent au rang d’acteurs qui étaient à même de jouer dans la même cour que les autres véritables acteurs : les élites Anglo-Saxonnes. Et contre eux. Existait-il d’autres voies ? Fallait-il s’interdire de recourir à la lutte armée ? Quel honneur y avait-il de vouloir rester « mains propres » quand on assiste presque impuissant devant la mort en train d’être distribuée gratuitement à son peuple ? Il y a des moments où seul le jugement de l’histoire compte et non des craintes formulées par des moralistes épicuriens.

Mulele et ses compagnons, à savoir Théodore Bengilla, Léonard Mitudidi, Thomas Mukuidi et Félix Mukulubundu, parviennent au constat ci-après. Le dynamisme de la force impériale, coloniale et raciale tire sa légitimité de l’instrumentation et le recrutement des « nègres » que Mulele qualifia des « réformistes ». Pour Mulele, il y avait donc d’un côté des « réformistes ». À neutraliser. Et de l’autre, ceux que son vocabulaire qualifiera des « révolutionnaires ». Aujourd’hui, le terme de révolutionnaire est tellement galvaudé. Sous d’autres cieux, son utilisation fait encore peur. On ne sait pour quelles raisons alors que les élites Anglo-Saxonnes n’ont jamais fait le deuil de leur stratégie, ancienne, mais toujours actuelle : conquête, soumission et exploitation. Pour des raisons de lutte idéologique, on procédera dans le présent texte à l’utilisation du concept des « minorités organisées » à opposer aux « minorités organiques », alliées par excellence de la soumission. Les « minorités organiques » opèrent dans le cadre des partis politiques et d’organisation de la société dite civile (une forme de prison à ciel ouvert). Elles sont souvent téléguidées et accrochés au « pouvoir-os ». Tandis que les « minorités organisées » s’ouvrent à l’hybridité, donnent la place à l’inventivité et refusent de marcher sur des sentiers battus. La forme pyramidale des partis politiques du type occidental, souvent monarchiques et héréditaires, répond à peine au besoin de la lutte d’affranchissement d’un peuple. On dira plutôt qu’il en est même antinomique.

Pour Mulele, « les réformistes croient qu’il faut seulement lutter pour changer certaines choses dans l’ordre actuel. Ils ne veulent pas détruire cet ordre imposé par les impérialistes. Ils font des propositions au parlement, écrivent contre le gouvernement dans des journaux, organisent des grèves Ils peuvent obtenir de petits succès, mais ceux-ci ne durent pas. Puisque les impérialistes restent les maîtres, ils peuvent à tout moment reprendre ce qu’ils ont accordé. [Donc], les réformistes ne connaissent pas la vraie nature de l’impérialisme et des hommes à son service. L’impérialisme est une sangsue qui vide le Congo de son sang. L’impérialisme ne peut pas être amélioré. Il doit être chassé. L’impérialisme est venu il y a cinq siècles avec sa violence et ses fusils. Il faut une lutte violente pour le chasser », (Abo, une femme du Congo, pages 134- 136).

Somme toute, la grande question qui demeure d’actualité, c’est comment affronter ces « réformistes » ? C’est comment s’y prendre avec eux ? C’est que faire exactement de ces recrus tout en sachant que les forces néolibérales, raciales et d’agression renforcent la visibilité de ces derniers en assurant la formation et l’entretien de la police, des services de sécurité et de l’armée mis à leur disposition comme des instruments d’oppression contre des masses alors désarmées. Le tableau est loin d’être exhaustif si on ne parlait des institutions économique et financière du pays dont la mission première est avant tout l’achat de conscience et le contrôle des masses populaires ainsi que leur séduction. Répondre à toutes ces questions, c’est déjà avancer la lutte et se mettre au-devant de la scène. Notre lutte s’inscrit dans la logique de prise de responsabilité. Nous mènerons, et nous menons, ce combat.

Likambo oyo eza likambo ya mabele…

Mufoncol Tshiyoyo, MT
Un Homme libre

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